Suffrage Universel

L'Allemagne, société plurielle

Elus d'origine non-européenne en Allemagne

Vural Öger

* 2004: élu SPD au Parlement européen

Libération - vendredi 04 juin 2004

Vural Öger, un ambassadeur allemand pour la Turquie

Les dix travaux du parlement. En campagne. Un patron d'origine turque sur la liste du SPD.

Par Odile BENYAHIA-KOUIDER

Berlin de notre correspondante

Allemand pour les affaires, turc de coeur et très probablement bientôt député social-démocrate au Parlement européen. Chef d'entreprise d'origine turque le plus connu en Allemagne, Vural Öger, 62 ans, détenteur d'un passeport allemand, est ce que l'on peut appeler un Turc intégré. Arrivé à Berlin en 1960 pour suivre des études d'ingénieur des mines à l'Université technique, il décide, neuf ans plus tard, de monter une entreprise de voyages. L'arrivée massive de travailleurs émigrés en Allemagne dans les années 60 lui a donné l'idée brillante d'affréter des charters entre Hambourg et Istanbul. Devenue florissante, l'entreprise öger Tours transporte aussi en Turquie des milliers d'Allemands en manque de soleil. «Ils n'ont plus les mêmes préjugés sur la Turquie quand ils reviennent», assure fièrement le patron, qui se conçoit comme un pont entre les deux pays. Gerhard Schröder ne pouvait pas trouver meilleure caution, surtout au moment où la question de l'adhésion de la Turquie à l'Union européenne rencontre de vives réticences dans de nombreux pays. En décembre 2002, le chancelier avait déjà chargé l'entrepreneur d'exposer ses vues à Jacques Chirac. Un an plus tard, Schröder a parachuté öger en dixième position de la liste nationale. Même si le SPD ne remporte que 10 % des voix, «l'ambassadeur turc» est assuré d'entrer au Parlement européen.

Totalement novice en politique, Öger a connu, la semaine dernière, son premier baptême du feu. Pris à partie par un historien qui assenait que jamais la Turquie n'entrerait dans l'Union européenne, Vural öger a vu rouge : «Ce que le sultan Soliman avait commencé avec le siège de Vienne en 1529 [qui fut un échec, ndlr], nous allons le réaliser en terme de population, grâce à nos hommes vigoureux et à nos femmes saines. En l'an 2100, il y aura en Allemagne 35 millions de Turcs et le nombre d'Allemands sera d'environ 20 millions.» Les féministes se sont indignées. La CDU a protesté, et le SPD aussi. «C'était de l'humour. J'ai la nationalité allemande et trois enfants qui resteront ici. Je m'intéresse à l'avenir de la société allemande. Cela n'inquiète personne que, chaque année, il y ait 200 000 Allemands en moins ?», s'est défendu le futur député européen, qui n'avait pas remarqué la présence d'un journaliste du quotidien Hürriyet.

Au siège du SPD à Hambourg, on se montre philosophe : «L'ironie est un poison pour l'homme politique.» Contrairement à toute attente, la CDU n'a quasiment pas utilisé la Turquie dans sa campagne européenne, redoutant de possibles dérapages. Au SPD à Hambourg, on se montre désormais d'une prudence de Sioux : «Öger n'est pas un tenant de l'adhésion de la Turquie dans l'UE à tout prix. Il est favorable au démarrage des négociations en 2010. Mais l'adhésion n'aura pas lieu avant 2020.» Quelque 500 000 électeurs allemands d'origine turque sont appelés aux urnes le 13 juin prochain. Leur mobilisation pourrait avoir un impact non négligeable sur les résultats du SPD, préféré par 57 % d'entre eux contre 18 % pour l'opposition.

Suffrage Universel

L'Allemagne, société plurielle

Partis politiques et minorités en Allemagne