Mais ses doutes recoupent une autre thématique : celle de l'intégration. Sur ce sujet, et son lien à la question du droit de vote des étrangers, il semblerait que la gauche et la droite aient des points de vue absolument inverses. En effet, si les deux parties constatent que l'intégration des immigrés pose certaines difficultés devant être résolues, la gauche voit généralement dans l'octroi du droit de vote une méthode pour favoriser cette intégration, tandis que la droite tend à voir dans ces difficultés d'intégration un obstacle à l'accession des étrangers à ce droit. C'est à partir de cette divergence fondamentale que le débat s'est retrouvé lié à celui sur la naturalisation et, au delà, sur la définition de la nationalité et de la citoyenneté.
Ainsi, pour Michel Balestra, "le droit de vote doit demeurer lié à l'appartenance à une communauté et celle-ci doit être régie par des actes juridiques fondateurs"; en d'autres termes, la naturalisation est l'expression juridique de cette appartenance et constituerait donc une condition sine qua non à l'accession aux droits politiques. C'est ainsi que lors des débats parlementaires, plusieurs voix à droite, et même à gauche, se sont prononcées contre l'octroi des droits civiques aux immigrés, tout en demandant instamment que les procédures de naturalisation soient facilitées.
En revanche, pour l'avocat et député écologiste Robert Cramer, mandataire de l'initiative 28, "l'argument est idéologiquement douteux puisqu'il implique que l'intégration au pays d'accueil et l'exercice des droits civiques ne pourraient se faire qu'au prix d'une assimilation totale au pays de domicile, quitte à trahir son appartenance nationale et culturelle d'origine." Ce contre-argument, d'ordre émotionnel puisqu'il se fonde sur l'aspect sentimental lié à la nationalité, était surtout pertinent à l'époque, car la législation suisse faisait, dans une large mesure, encore obstacle au statut double national : elle a été assouplie depuis (et devrait l'être encore plus selon un bon nombre de politiciens). Il reste pourtant valable, par exemple en ce qui concerne certaines nationalités (l'Espagne, par exemple, refuse la double nationalité aux personnes nées uniquement espagnole). Mais, relève Michel Balestra, "cet aspect ne dépend pas de la juridiction suisse."
D'autres arguments s'ajoutent à celui du déchirement identitaire : "les droits démocratiques ne devraient pas être limités à la citoyenneté officielle, avance Pilar Ayuzo, qui soutient qu'on peut à la fois demander une facilitation des procédures de naturalisation et une participation citoyenne des étrangers, sans opposer l'une à l'autre. Pour nous, les droits politiques devraient être élargis et liés au séjour, à la participation économique et sociale dans un pays. En tant qu'étrangers, nous pensons avoir montré que nous sommes importants pour l'économie suisse. La naturalisation est à envisager comme une option personnelle, tandis que la participation politique est une option collective. Finalement, nous considérons qu'il est beaucoup plus immoral d'avoir plusieurs nationalités et de voter tous azimuts, ici et ailleurs, que d'avoir une seule nationalité et voter dans l'endroit où l'on vit et participe effectivement. La double nationalité est effectivement une voie possible pour ceux qui veulent disposer de droits politiques dans leur lieu de vie, mais elle n'est pas considérée comme telle par les autorités. J'ai déjà une nationalité, pourquoi devrais-je en avoir une supplémentaire pour chaque pays où je me trouve, surtout à notre époque qui s'achemine vers une Europe unie ? Une seule nationalité devrait être valable pour tous les pays et on doit reconnaître que les droits civiques et le lieu de vie sont étroitement liés." Ainsi s'ébauche la définition d'une citoyenneté qui se rapprocherait du droit du sol, le lieu de naissance ou de résidence faisant foi, en opposition à une participation politique qui évoquerait plus le droit du sang puisqu'elle passerait par un acte symbolique d'affiliation à la communauté par le biais de la naturalisation.
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