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Droits politiques des étrangers: l'immigration et la démocratie en question -
5. Un vote différent?
par Marc Moulin
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Outre ces considérations d'ordre global, Michel Balestra remet en question la capacité de certains immigrés à voter de manière responsable : "Certains sont ici dans le seul but d'accumuler un capital en vue de leur retour au pays d'origine : s'ils disposaient de droits civiques, ils risqueraient de les utiliser en ne pensant qu'à court terme, ce qui pourrait avoir de fâcheuses conséquences selon les sujets abordés." L'argument est de poids, mais, pour Pilar Ayuzo, il ne correspondrait pas à la réalité : "Les immigrés qui souhaitent participer au débat démocratique ont ici un projet de vie, une implication.
Pourquoi limiter leur participation ? Ceux qui ont en tête un projet de retour au pays ne s'intéressent pas à la politique suisse." Selon Pilar Ayuzo, ce second groupe serait majoritaire au sein de l'immigration, ce qui est corroboré par les taux d'abstentionnisme, plus élevés chez les étrangers que chez les Suisses, tels qu'ils ont été observés dans les deux cantons où ceux-là disposent de droits politiques (Jura et Neuchâtel, voir encadré). Ce fait a d'ailleurs pu devenir un argument contre l'octroi de ces droits : "de toute manière, ils s'en fichent." A nouveau, Pilar Ayuzo n'est pas d'accord : "Ce n'est pas parce que peu de gens le demandent qu'on ne doit pas poser la question, lancer le débat. Sinon rien ne bougerait jamais. Une démocratie qui ne s'enrichit pas s'appauvrit. D'ailleurs, est-ce que tous les Suisses votent ?..." D'autre part, pour en revenir aux expériences neuchâteloise et jurassienne, les chiffres montrent que si les immigrés ne votent effectivement que peu, ceux d'entre eux qui utilisent effectivement leurs droits civiques le font de manière sensiblement analogue aux Suisses : leurs voix se répartissent sur l'échiquier politique dans des proportions fort semblables à celles observées chez les autochtones. L'accession (certes limitée) des immigrés aux droits civiques n'a donc aucunement bouleversé la vie politique des régions concernées. Les craintes de Michel Balestra, justifiées théoriquement, ne se vérifient donc pas dans la réalité.
1. Les jeunes remettent ça
2. Les métamorphoses d'un vieux débat
3. Les partis pris en Suisse. "Maîtres chez nous"
4. Perspectives internationales
5. Un vote différent?
6. Intégration et naturalisation
7. Multinationalité et naturalisation automatique?
8. Le coeur et la raison
9. Echecs et évolutions
10. Vox Populi
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