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La participation politique des allochtones en Belgique
Elus d'origine non-européenne en Belgique
Elections 2004

Mohamed OUTAIB

Contact (source: site du MR)

Chaussée de Liège, 282
4460 Grâce-Hollogne

GSM : 0479/89.60.07


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Wafin.be janvier 2004

Marocain du mois

Mohamed OUTAIB : Mes parents sont arrivés en Belgique en 1964 (d'ailleurs coïncidence du calendrier, la Belgique fête cette année le quarantième anniversaire de l'immigration marocaine). J'ai grandi dans la région de Liège où j'ai fait toutes mes études. Mon parcours d'étudiant s'est achevé par une licence en biologie. Ces études fûrent très intéressantes et enrichissantes. La biologie n'est-elle pas l'étude de la vie. Après ces études, j'ai pu faire un peu de recherche en biologie animale, toujours à l'Université de Liège. Ensuite, j'ai suivi une formation en communication en environnement, le but était d'obtenir le grade d'éco -conseiller (c'était un domaine à la mode à l'époque) mais les opportunités de carrière dans ce secteur sont très rares. Aprés diverses expériences professionnelles, j'ai atterri dans l'industrie pharmaceutique où je travaille actuellement comme délégué médical. C'est un métier qui allie le scientifique et le commercial.

Wafin.be: Cela implique de multiples déplacements ...

Mohamed OUTAIB : Effectivement. Personnellement, j'ai eu la chance de couvrir diverses régions de wallonie, ce qui m'a permis de mieux les connaitres. De plus, c'est un métier où il faut constamment se remettre en question et s'informer. La gestion du travail nécessite une bonne organisation et surtout beaucoup de rigueur.

Wafin.be: Un petit mot sur votre travail ?

Mohamed OUTAIB : La délégation médicale consiste à visiter les médecins, généralistes et spécialistes. Leur apporter une information objective sur les médicaments pour qu'ils en perçoivent tous les avantages thérapeutiques et reçoivent une réponse à leurs interrogations. Pour être bref, le délégué médical est l'interlocuteur privilégié entre le corps médical et l'industrie pharmaceutique.

Wafin.be: A-t-il été facile d'accéder à cette responsabilité ?

Mohamed OUTAIB : Je ne vous étonnerais pas en vous répondant que quand on est d'origine marocaine, on n'a pas les mêmes chances face à l'emploi. J'ai eu la chance cependant de rencontrer un laboratoire pharmaceutique où l'humain tient une grande place et où les responsables m'ont donné ma chance. Il est vrai que pour réussir, vous n'avez pas droit à l'erreur. Vous devez travailler deux fois plus qu'un autre pour faire vos preuves. Une fois le défi relevé vous sortez gagnant. C'est injuste mais c'est le prix à payer ; sinon on peut rester dans son coin et s'apitoyer.

J'aimerais citer ici un grand homme qui a dit : " il y a deux sortes de personnes, celles qui voient les choses comme elles sont et se demandent pourquoi et celles qui voient les choses, les imaginent autrement et se disent pourquoi pas ". Personnellement, je veux être de ce deuxième groupe.

Wafin.be: À côté de cette vie professionnelle, il semblerait que vous ayez une autre vie ...

Mohamed OUTAIB : Effectivement, j'ai une autre vie et elle est politique. Je suis depuis les dernières élections communales conseiller communal à Grâce-Hollogne (Liège) pour le Mouvement Réformateur (MR). Je viens également d'être élu ( avec 90% des voix ) Président de la section MR de Grâce-Hollogne.

Wafin.be: Comment et quand avez-vous embrassé la vie politique ?

Mohamed OUTAIB : J'ai eu une expérience intéressante … La politique m'a toujours passionné, jusqu'au jour où j'ai décidé de me lancer personnellement l'année même des élections communales. J'ai choisi le MR après mûres réflexion et analyse. L'esprit de ce parti me correspondait tout à fait. Ce parti se bat vraiment pour le changement sans démagogie aucune. Humanisme et libéralisme ne sont pas de vains mots. J'ai toujours pensé qu'à force d'être assisté on devient des citoyens résignés et passifs. Chacun doit prendre des initiatives et se battre. L'administration n'étant là que pour donner les moyens et les encouragements. En me présentant aux élections communales, mon but n'était pas de faire de la figuration ou servir de candidat gadget. Mais vraiment démontrer une démarche personnelle. J'ai obtenu la 6ème place sur une liste de 27 candidats.

J'ai mené une campagne de proximité en allant à la rencontre de mes concitoyens. Cette démarche a demandé beaucoup d'énergie mais ce fût très enrichissant. Il fallait discuter avec des gens dont le vote n'était pas forcément acquis surtout quand on sait le peu d'intérêt que beaucoup porte à la chose politique. Je me souviens d'une rencontre avec un monsieur très aigri et révolté. Et bien après deux heures de discussion, nous nous sommes quittés par une poignée de mains très chaleureuse.

Wafin.be: Comment les citoyens d'origine marocaine ont-ils réagi ?

Mohamed OUTAIB : Certains positivement mais beaucoup ont manifesté peu d'intérêt à la politique. Une précision s'impose ici : ma campagne n'a pas ciblé les électeurs d'origine marocaine mais tous les électeurs. Je ne crois pas au vote ethnique. Ce serait d'ailleurs regrettable et surtout insultant car cela signifierait qu'un électeur d'origine étrangère n'a pas de conviction politique. Malheureusement, certains partis jouent sur ce vote " ethnique "ou " communautaire ".

J'invite d'ailleurs tous mes concitoyens à participer activement au processus électoral. Cela permettra à chacun de s'exprimer et de s'associer pleinement à la gestion de leur pays d'adoption tant au niveau local et régional qu'au niveau fédéral.

Wafin.be: Souvent, les élus ou candidats au niveau local sont issus du monde associatif. Est- ce votre cas ?

Mohamed OUTAIB : Il est vrai que j'étais à un certain moment actif dans diverses associations, mais j'en suis sorti fort déçu. Actuellement, je travaille avec un ami sur un projet de création d'une association de jeunes issus de l'immigration maghrébine. Le but étant de créer une émulation pour permettre à ces jeunes de se reconnaître dans un aspect plus positif des choses, en se disant qu'il y'a des gens qui réussissent et que tout un chacun peut faire pareil … Le but étant aussi de sortir un peu du schéma traditionnel des associations concentrées sur le culturel ou le sportif. Je ne dis pas qu'il n'en faut pas, mais je crois qu'il faut passer à une vitesse supérieure tellement notre société est devenue complexe .Nous avons la chance d'avoir ici en Belgique pas mal de personnes issues de l'immigration qui ont une solide instruction, qui ont une très bonne position professionnelle et qui veulent réfléchir sur les problèmes de notre société. Il est important de rassembler autour d'une même table des gens d'horizons différents qui veulent réfléchir aux problèmes de notre situation par rapport à notre pays qu'est la Belgique. Il faut agir comme citoyen à part entière. Il faut essayer d'apporter à cette société des éléments positifs et nouveaux pour avancer ensemble tout en gardant une diversité culturelle. Tout cela ne sera possible que par le dialogue.

Wafin.be: Le mot de la fin ...

Mohamed OUTAIB : Malgré le racisme, les disriminations et les injustices, il faut se battre, dialoguer, rester intègre et constant. C'est par une lutte permanente que l'on peut abattre les préjugés. En définitive, montrer à certains qu'ils ont torts et qu'il y a d'autres voies possibles. Lutter toujours sans repos. Tenter sans force et sans armure d'atteindre l'inaccessible étoile comme le chantait si bien Brel.

C'est en changeant cette image négative ; en retrouvant le respect et la dignité que l'on pourra faire honneur à nos parents ou grands-parents qui sont arrivés ici il y a quarante ans et qui ont sacrifié des années de leur vie au fond des mines.


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