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La participation politique des allochtones en Belgique
Elus d'origine non-européenne en Belgique

Fattah EL-HANI

1951: naissance en Algérie

1972: départ pour Paris

1974: s'installe à Waremme

1994-2000: conseiller communal PS à Waremme

2000: réélu, candidat (non désigné) à un poste d'échevin

2001: quitte le PS et siège comme indépendant

2003: candidat à la Chambre pour le Mouvement Socialiste (dissidence du PS)


Le Soir en Ligne, le 15/02/2002

Waremme Du rififi au sein du PS à propos de l'exclusion d'un conseiller communal

L'Union socialiste brandit une carte rouge

FRÉDÉRIQUE SICCARD

La proposition est précédée de douze " considérant ". Mais ce sont ses déclarations à l'encontre de l'esprit de groupe dans la presse, en public et lors des conseils communaux qui semblent avoir décidé les membres de l'USC de Waremme à voter l'exclusion du conseiller communal Fattah El Hani de la section locale du Parti socialiste.

L'homme ne semble pas surpris. Evidemment, l'assemblée générale, composée de 25 membres dont la moyenne d'âge est de 75 ans, votera mon exclusion. Mais, finalement, ça arrange tout le monde, parce qu'on ne peut pas rester entre deux eaux, affirme-t-il. Connu pour n'avoir pas sa langue en poche, Fattah El Hani a multiplié les déclarations ces derniers mois : alors que l'USC estime que tout peut se dire et se revendiquer lors des réunions de groupe, mais quand la majorité décide, on s'y rallie, le bouillant conseiller se veut honnête et clair dans sa tête, et l'honnêteté n'a pas lieu d'être avec des gens comme ça, accuse-t-il.

Et de citer, pour exemple, son éviction du poste d'échevin, le 9 octobre 2000, malgré un joli score de 562 voix de préférence. Il est facile de se dire ouvert en proposant une liste où figurent des personnes d'origine étrangère. Mais quand ces personnes dérangent, on les met de côté. Je n'accepte pas, j'ai été élu démocratiquement Mais je n'ai pas été le gentil mouton que l'on espérait. Guy Coëme lui-même disait de moi que j'étais un exemple d'intégration. Puis est arrivé ce qui ne devait pas : j'ai reçu beaucoup de voix et j'ai bousculé la hiérarchie. Non content de donner son avis, souvent négatif, sur les propositions socialistes lors des conseils communaux, l'homme a, aux yeux de l'USC, montré son mépris pour tous nos membres dans ses déclarations à propos du retour de Guy Coëme. Des déclarations qu'il estime déterminantes pour son exclusion : Il est clair que je ne serai jamais sur la même liste qu'un type qui a été condamné pour les raisons que l'on sait.

L'USC lui laisse le choix entre démissionner de son poste et siéger en indépendant. Ils ne veulent plus travailler avec moi ? Je travaillerai seul et je serai toujours ouvert, y compris aux idées du PS parce que je suis et resterai un homme de gauche


pour rappel:

9/10/2000

A Waremme (province de Liège), Fattah El-Hani (PS, d'origine algérienne) est réélu avec un score plus élevé que les candidats qui le précèdent: il a le 5ème score en voix alors qu'il était 11ème sur la liste (qui compte 16 élus). En 1996, il fut le seul élu wallon d'origine étrangère à soutenir le Comité National pour le Suffrage Universel dans la revendication du droit de vote et d'éligibilité pour tous les étrangers, et pas seulement pour les ressortissants UE. Il est susceptible de devenir échevin, ce qui serait une reconnaissance de son militantisme. Rappelons que dans cette commune rurale il n'y a que quelques familles d'origine maghrébine, le score de Fattah est donc uniquement dû à son investissement dans la vie locale, il n'est évidemment pas question ici de "vote ethnique" !

Pierre-Yves Lambert


coordonnées:

Fattah EL-HANI 54 rue des Peupliers 4300 Waremme tél. 019/33.02.01 (de l'étranger: +32.19.33.02.01)


(archives) La Meuse 13/09/2000

Fattah El-Hani quitte la salle...

En mai 1999, le Parlement a décidé de revoir à la hausse les traitements des édiles communaux. Une mesure applaudie par tous, nos bourgmestre et échevins ne gagnaient vraiment pas grand chose au regard du travail qu'ils abattent. Mais il semble que lors de cette réforme, on ait oublié les conseillers communaux.

Lundi soir au conseil de Waremme, Fattah El-Hani (PS), qui n'a pas sa langue en poche, a posé un geste symbolique. Il s'est retiré de la salle pour manifester sa colère vis-à-vis des parlementaires qui ont voté cette mesure. "A Waremme, a-t-il déclaré, un échevin gagne 840.000 francs (bruts) par an et un bourgemstre 1.470.000 francs. Je suis tout à fait d'accord avec cela, ils le méritent amplement. En revanche, 15.000 francs pour un conseiller communal de Waremme, je trouve cela tout à fait indécent. Les parlementaires qui ont laissé passer cela ne connaissent pas le travail d'un conseiller. Ils ignorent les kilomètres que l'on fait en voiture, les heures passées à la commune pour examiner un dossier, les réunions,..."

Jacques Chabot lui a répondu qu'il était également sensible au problème, qui se pose aussi pour les conseillers du CPAS. "Mais ce n'est pas une originalité waremmienne!" Le conseiller de l'opposition Michel Evrard (PSC) souhaita alors à Fattah El-Hani (qui avait déjà quitté la salle) de décrocher un mandat d'échevin. L'on sait que ce serait le vœu le plus cher du "bouillant" élu d'Oleye: non pas pour une question d'argent mais "pour faire bouger les choses". Qui sait: l'USC de Waremme n'a-t-elle pas annoncé que l'on tiendrait compte des voix de préférence pour l'attribution des postes d'échevins et de bourgmestre...

F.de H.

 


(extrait de "Vous reprendrez bien un candidat ?")

"Je veux briser la dictature socialiste à Waremme"

 

Mehmet Koksal (29/05/03)

 

A une vingtaine de kilomètre de Liège, au cœur de la ville de Waremme, la taverne-resto Agora sert ses nombreux clients. Couscous pour un jeune couple, tarte Tatin version Waremme par ici et boules de glaces par là, tout le monde est servi. 20h30, heure précise, Fattah El-Hani, candidat du Mouvement Socialiste lors de la dernière campagne 2003, s’engouffre dans la partie resto du lieu. Une ponctualité exemplaire pour ce fonctionnaire d’origine algérienne qui compte déjà 25 ans de bons et loyaux services pour la SNCB.

"J’ai grandi avec la guerre" commence-t-il en expliquant son parcours.

Né en 1951 en Algérie, le jeune Fattah adolescent est sous le choc des changements lors de l’indépendance du pays. "On subissait une métamorphose totale en Algérie. Je suis passé d’un état un peu déraciné en 1970 à une perte totale l’année suivante. J’étais très mal culturellement parlant en Algérie car on n’avait pas notre mot à dire du temps de la dictature de Boumediene. On était ni arabo-africain, ni français et c’était la marche forcée vers l’arabisation. C’était un gouvernement de type communiste mais sans l’appellation." Dès 1972, Fattah El-Hani sent qu’il n’a plus d’avenir dans son pays et décide de prendre le large vers la métropole, Paris. Mais il ne trouve pas son bonheur dans la capitale française et ce n’est que par accident qu’il atterrira définitivement deux années plus tard dans la petite ville de Waremme, ses tracteurs et sa médiathèque, ses pensionnés et ses footballeurs. Une ville où il retrouve la joie de vivre et son bonheur.

 

"J’aime les pittas turques"

Le militant MS aime les pittas turques, mais découpées à la machine en fines tranches. Son parcours politique est guidé par une cohérence idéologique par rapport à ses idées originelles. Militant socialiste (PS) depuis une bonne vingtaine d’année, F. El-Hani est élu conseiller communal dès 1994 avec 285 voix de préférence, ce qui le classe en 7e position dans le hit-parade de popularité (alors qu’il ne figurait que 13e sur la liste PS).

Dès 2000, il remet le couvert avec le parti socialiste mais en doublant son capital (572 voix) en voix de préférence et c’est là que les choses se compliquent pour lui. "J’avais bien travaillé sur la jeunesse, le sport et le rapport avec le 3e âge et j’ai obtenu un excellent score. J’étais un élu échevinable d’après les règles du parti car il y avait déjà eu un précédent de ce genre mais le PS a préféré un autre candidat comme échevin. Le truc qui m’a fait le plus mal, c’est que j’apprenais le lendemain des élections par la presse du lundi que je ne serais pas échevin. De plus, il n’y a pas eu de félicitations fraternelles, il est clair que mon score ennuyait du monde."

Mais ce n’est qu’une année plus tard qu’il quittera le parti où on préfère exclure un candidat trop populaire qui risquerait de briser le dosage-copinage entre les postes d’échevins dont le PS a le secret. "J’ai trouvé que le PS était un monopole et je n’aime pas la gestion monopolistique. Ils refusent la participation des autres partis. On m’a éjecté car mes idées ne collaient pas à la politique de groupe. Je signale quand même que je n’ai jamais voté contre un ordre du jour décidé par mon parti. La population a d’ailleurs très mal réagi envers le parti suite à mon éviction."

Fidèle à sa vision progressiste, Fattah décide de continuer son engagement avec le MS (Mouvement socialiste – dissidence wallonne PS) pour 2003 où il obtient un score honorable sur Waremme (367 voix). "Attendez les communales car les gens votent différemment pour les législatives. Je vais au moins doubler mon score." En discussion avec les partis d’opposition, il tente de réunir les différentes formations sous un même toit et un même label. "Dans un parti comme le MR, on fait non seulement du social mais on essaye aussi de maintenir les acquis libéraux. Toutes les promesses socialistes n’ont pas été tenues, par exemple, le maintien de la Sabena ou de Francorchamps et même d’Arcelor.

 

"Faire un maximum pour s’adapter"

Le contexte à Waremme est tellement différent qu’il serait faux de croire que sa popularité serait due à ses origines étrangères. Quelques groupes de Maghrébins et Africains, pour le reste que des autochtones. "Je n’ai d’ailleurs pas bien exploité mes origines maghrébines. Moi, j’ai toujours le même principe en tête  : du moment que tu vis dans un pays, tu dois faire un maximum pour t’adapter. Je ne demande pas à mes frères arabes de nier leurs valeurs, je demande simplement de s’adapter pour mieux vivre. Prenez l’exemple du foulard, s’il y avait une bonne assimilation, le problème n’existerait pas.

Il faudrait se poser la question pour savoir pourquoi une jeune femme née ici porte encore le foulard. Concernant le tchador, je suis de toute façon opposé car je me rappelle encore de la condition désastreuse de la femme algérienne sur ce sujet. Si je devais obéir à mon cœur, je voudrais que les filles fassent abstraction du foulard pour une intégration totale mais je répète clairement, je n’interdis pas le foulard. D’ailleurs mes enfants ne savent même pas dire bonjour en arabe car je n’en vois pas l’utilité. Je suis un très bon musulman mais non pratiquant. "

Fattah suit aussi très assidûment l’actualité politique en Belgique à travers les journaux et n’hésitent pas à faire des commentaires sur les sujets touchant les immigrés. "Abou Jahjah est un extrémiste. Le belge moyen se demande s’il est encore chez lui à la fin. Montrer si on est intégré est de vivre comme les autres. Non, pour moi, c’est une erreur politique de faire de l’islam un parti politique." Ses mots sont durs envers le leader de l’AEL. Mais comme certains ont une idéologie socialiste, libérale ou écologiste, d’autres ne pourraient-ils pas avoir une idéologie islamiste ? "Non, l’islam est une religion. C’est une philosophie de partage et de tolérance et ne peut être réduit à un parti politique", précise-t-il.  

Stratégie pour diriger une ville

"Le PS a une technique bien rodée pour diriger une ville comme Waremme. Ils prennent un président de basket, un président de tennis, un entraîneur de football, un pensionné, un handicapé, un jeune et quelques commerçants, et voilà la ville entre les mains. Ce que je veux vraiment en essayant de faire alliance avec l’opposition, c’est briser la dictature socialiste à Waremme et faire de cette ville une ville participationniste." 

 


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